03 mai 2012
Sur les blogs féminins


Edit : On me dit en régie que dans le début de la note, on a l'impression qu'Oni est fâchée de recevoir des sollicitations. Ce n'est pas du tout le cas, au contraire, je suis ravie de pouvoir échanger sur ces sujets et mes interlocutrices se sont toujours montrées ouvertes, intéressantes et intéressées par le débat. Ce qui contrarie Oni (et moi, disons-le), c'est le peu de mise en question dont fait l'objet la notion même de blog féminin, jusque dans ces cercles où on prend pourtant le temps d'y réfléchir. Une fois passé le cap "je ne parlais pas de la BD girly", il ne reste aucune justification pour préciser qu'un blog est "féminin". Louna, Janine, Roxanne, moi-même et j'en passe, nous tenons des blogs BD, point.
Commentaires sur Sur les blogs féminins
- En matière de blog, j'aurais plutôt l'impression que ce sont les hommes l'exception: j'ai bien quelques hommes dans ma track liste mais on ne peut pas dire qu'ils soient des plus prolixes.

Donc Blog de fille?!? je cherche moi aussi la raison du "de fille".
Pour la BD? Je pense que tu es la démonstration même que dans la BD de dessinatrice ou de dessinateur, on trouve toutes les couleurs de l'arc-en-ciel y compris le noir(oui je sais normalement il n'y a pas de noir)
Le monde est sexiste :-\ - 2007-2012Tiens, j'en avais parlé aussi il y a quelques années !

http://www.bouletcorp.com/blog/2007/01/22/angouleme-06-ou-07-je-sais-plus/
Mais aussi flatté que je suis de me voir apparaître si beau en ce miroir, je ne suis pas le meilleur exemple, vu qu'on me fait le même coup en remplaçant "de fille" par "de geek".
Je ne réponds même plus aux courriers contenant le mot "geek" tellement j'en ai plein le cul.
Bisous au passage, ma chère Morpheen ! Amour et découpe-pizza sur toi ! - Encore un amalgame entre l'auteur du blog et le blog en lui-même. Le blog, qu'il soit graphique, romancier, bd, culinaire.... Tout ce que l'on veut est ASEXUÉ. dans le cas du blog de Morpheen, on peut dire qu'il s'agit du blog d'une talentueuse personne travaillant à Causette. Même si on a une vague idée du caryotype de la personne concernant sa 23e paire de chromosomes, ça pourrait aussi bien s'appliquer à un homme qu'à une femme.

- Bienvenue dans la société des normesEt oui, on veut forcement mettre les gens de des petites cases.

Avant d'être une femme ou un pingouin bicéphale (après tout comment ceux qui ne t'ont jamais vu IRL peuvent savoir si tu n'es pas un pingouin à deux têtes ?) tu es surtout auteur de BD.
Après c'est vrai que dans la BD comme dans d'autres domaines les femmes ont peut-être plus de mal à se faire connaître (je pense que si on me demandait des grands noms d'auteurs de BD les premiers qui me viendraient à l'esprit seraient des noms d'hommes) et du coup ça peut être bien de faire de la pub aux auteurs femmes.
Mais dans ce cas là il est peut-être préférable de les présenter comme des auteurs (sans se soucier de leur féminité) et de les laisser parler de ce qu'elles font ?
Et j'aime bien le détournement avec Boulet pour montrer le ridicule de la situation. Ou les détournement d'Anna ci-dessus. - # Boulet >> C'est vrai, j'avais pas pensé aux autres raccourcis... dont je fais aussi les frais cela dit : quand j'entends certains de mes lecteurs, j'ai l'impression que mon travail se réduit à égorger des bébés phoques.

# Anna >> Non, absolument pas. Mais ce sont des gens qui agissent souvent plus dans la perspective que décrit TheAmazingK6, c'est-à-dire avec une volonté de promotion (ou dernièrement, de définition par rapport au courant girly). Et pour répondre à ta question, The-etc., c'est vrai qu'à part Brétécher, on a du mal à penser à de grandes femmes de la BD, et je suis encore d'accord sur la marche à suivre pour mettre en valeur les auteures émergentes. - Ah, j'aime quand tu soulignes ce genre d'absurdité. Mais c'est toujours comme ça : dès que des femmes font quelque chose, il y a un besoin de clivage. Genre "oh, étonnant, des femmes font autre chose que la cuisine ! Il faut faire un festival pour montrer ça à tout le monde".

Oui, moi aussi je trouve ça ridicule. Et j'aurais été peut-être un peu plus acide que toi au téléphone si on m'avait proposé ce genre de chose.
Alala, Causette a encore du travail à faire !
- Oni, icône queer en cuirMeuf, tu envoies tellement du bois. Si on était en politique, ça donnerait:

"Morpheen, comment arrivez-vous à conjuguer vie de famille et blog bd?"
Ca me fait penser à un post de Denis Colombi sur les blogs girly http://uneheuredepeine.blogspot.fr/2010/10/les-blogs-girly-et-le-long-combat-des.html - GRANDE MORPHEEN! Bien dit!

tu as oublié de dire aux journalistes qui es aussi albinos Juive-musulmane, bisex et cannibale... mais tu as peut-être fait bien, mieux faire réparer les intervieweurs en CUISINE, avant de dévoiler tous tes secrets.
PS les graisses il vaut mieux les faire mariner avant
bisous
lolla - A Roxanne B.

Peu de grands noms ? Alors, voyons : Morpheen, Pénélope Bagieux, Margaux Motin, Louna, Cha, Esther, Bambiii, Mady, Holly, Marion Montaigne, Claire Wendling, Maya Mihindou, Diglee, Barbara Canepa, Julie Maroh, Laurel...
Et encore, là, je cite que celles qui me viennent à chaud et que je connais. Si on rajoute celles que je connais pas, celles qui sont pas françaises, etc. Et ben ça fait un bon paquet. Le monde de la BD, c'est pas un monde masculin comme le monde du foot. Les femmes y ont déjà creusé leur trou. Donc moi, comme Morpheen, je pense qu'il faut juste souligner la qualité d'un travail : qu'il soit fait par une femme ou un homme, peu importe.
Et arrêter de s'étonner que les femme soient capable de faire autre chose que la cuisine (namaioh). - J'ajoute :

C'est comme si on disait : "oh regardez, un noir qui fait de l’astrophysique : Monsieur, à votre avis quel est la place du noir dans le monde scientifique ?"
Je suis sûre qu'il y aurait un tolé et que des tas de gens crieraient au racisme en disant "les noirs ne sont pas bons qu'à faire l'agent d’entretien ou du foot !" Et ils auraient raison.
Donc je vois pas pourquoi les femmes devraient accepter cet espèce d'étonnement "courtois" quand on les voit sortir de la maison pour faire autre chose que des courses. - # Ftisy >> Comparons ce qui est comparable : ça me désole de le dire, mais je ne vois pas d'auteure de BD dont la notoriété égale actuellement celle d'un Hergé, d'un Goscinny, d'un Reiser ou d'un Moebius, à part peut-être Brétécher. Je pense que c'est ce que Roxanne voulait dire et je suis d'accord avec elle. La majeure partie de celles que tu cites ne sont même pas connues hors de la petite sphère des blogs BD - et même si c'est très flatteur de ta part, c'est ridicule de me considérer comme un nom de la BD, je n'ai même pas de publication à mon actif.

- Oui, c'est vrai qu'il n'y a pas encore de noms ULTRA célèbre, mais à ce titre, c'est un peu pareil dans tous les domaines.

Prenons le foot : combien de femmes aussi célèbres que Zizou ?
La science : Combien aussi célèbres qu'Einstein ? A part, à la rigueur, Marie Curie ?
L'art : Combien aussi célèbres que Picasso ou Dali ?
Même dans des domaines qui seraient, à la base, considérés comme étant féminin (mode, cuisine), dèq que ça devient de l'art, on a plus droit à des "grands" noms masculins que féminins.
On vit dans un monde misogyne, ça on savait. Mais ça n'empêche pas que quand on prend la peine de se renseigner un peu on trouve des tas de références féminines selon les domaines. Après, concernant la BD, pour moi, les blogs prenant énormément d'ampleur, ben... Même si ya pas d'albums de publiés, on peut quand-même considérer que ça a une certaine renommée. Certes, pas équivalente à celle de Moebius ou Hergé, mais qui est présente quand-même.
Après, faut voir ce qu'on appelle "grands noms de la BD". Pour moi, Frédérik Peeter ou Pedrosa sont des "grands noms", mais si j'en parle à des fans modérés de BD, j'ai beaucoup de chance de me heurter à un "qui ça ?".
- Le problème c'est que la plus grande voie d'eau, si l'on peut dire, par laquelle s'écoule la mysoginie est féminine.

(C'est mysogine de dire que y'a plus de femmes mysogines que d'hommes? ahem)
Les dérives sont telles que c'est presque une demande constante de stigmatisation positive, si le terme existe. Ce n'est pas en ancrant dans les esprits qu'il faut un ministère de l'organe génital pour arriver à se comporter comme des humains qu'on pourra établir une quelconque équivalence (car c'est bien la qu'il faut arriver, l'égalité au premier sens c'est idiot, l'équivalence ça a beaucoup plus de sens déjà)
Je pense personnellement que la minorité de "grands" noms féminins dans le domaine est du à un mélange de deux choses dont je ne saurais dire la part de chacun :
Moins de femmes sont intéressées par la création de bande dessinées
La reconnaissance du travail de manière équivalente est bien plus présente de nos jours et d'ici quelques dizaines d'années, les chiffres ne seront plus biaisés par les difficultés d'accès du passé. - Je ne comprends pas bien ta réaction, Aster. Parce que dans l'ensemble, je suis d'accord avec toi, donc... Du coup, je me demande à quoi tu réponds dans mon commentaire précédent. ^^'

Concernant les femmes qui sont moins intéressées par la BD que les hommes, j'ai un gros doute quand même. Surtout quand je constate que la majorité des classes de dessin sont composés essentiellement de nanas... - Hé hé je viens mettre mon grain de sable, y'a une partie de vos commentaires qui m'interpelle.

Morpheen, les grands noms de la BD dont tu parles (Hergé, Moebius...) datent d'une certaine époque, ou le milieu de la BD était effectivement majoritairement masculine. Il n'y a donc peu ou prou d'équivalent féminin DE CETTE EPOQUE. Et je pense qu'il est important de bien le préciser.
A l'heure actuelle, il y a des auteurs féminins, peu connus, MAIS AUTANT connu que leurs collègues masculins de la même génération.
Les grands noms de la BD comme Hergé, Franquin, Moebius, il y en a de moins en moins de toute façon. La BD s'est vraiment développée à un point que les parts du gâteau sont plus petites.
Bref, l'écart est toujours là (la parité n'est pas encore respectée) mais cet écart s'amoindrit, et c'est bien ^^ - Louna : Pas faux pour l'époque, et j'espère comme toi que l'écart se réduit. Dans ce cas ce sont les commentateurs qui ne prennent pas acte des nouvelles réalités éditoriales.

Cela dit même dans les contemporains (Moebius VIENT de mourir, il n'est pas si vieux...), les grands noms qui me viennent spontanément restent des noms d'hommes : Trondheim, Larcenet, Loisel, Manara, Bilal, Tardi, Pratt (oui bon, les deux derniers ne sont pas tout frais...). La génération qui monte en ce moment (disons la génération des dessinateurs trentenaires actuellement, genre Vivès) sera peut-être un peu plus paritaire. Mais pour l'instant, ma bédéthèque ne comporte pas de grand nom féminin... - Oui, pour moi ces dessinateurs que tu cites sont la génération après les très grands, et c'est encore pas mal masculin tout ça. Ces dessinateurs que tu cites, je pense que de toute façon c'était l'age d'or de la BD et qu'il est fini. Les gens qui ne connaissaient de la bd que ces grands noms (Hergé, Franquin...) ne connaissent pas forcément ceux d'après qui sont pour nous pourtant très connus (Trondheim, Larcenet...) Cet "âge d'or de la bd" qui était essentiellement masculin est révolu. L'apparition des nouvelles technologies a développé l'industrie de la bd à un tel point qu'on a une émergence de nouveaux auteurs, tant mecs que filles, qui ne connaîtront jamais le succès des Grands. Et oui, plus il y a d'invités, plus les parts du gateau seront petites.

Parmi ceux qui arrivent, je pense à Canepa, mais aussi Dubuc (les Nombrils) ou encore Satrapi pour les plus connues...
Je pense qu'on peut dire que Bagieu fait également parti de la génération des auteurs montant comme Vives que tu cites.
Là ce ne sont que les exemples qui me viennent en tête. En bd j'y connais que dalle (ouais, c'est un mythe le dessinateur qui s'y connait forcément en bédé
)
Coté mangaka, il y a tellement de diversité que cette parité doit être un peu plus respectée (je pense à Takahashi, que je vénère, par exemple, ou l'auteur de Sailor Moon, qui sont ultra célèbres, mais je sais que y'en a pas mal d'autres très connues en leur continent)
Coté comics, j'en sais absolument rien, par contre.
Bref, je pense que faut pas complètement désespérer, ça va arriver petit à petit ^^ - J'arrive un peu après la bataille, mais je voudrais quand même réagir à la remarque que vous avez faites sur mon post. Je n'ai pas traité de savoir ce qui est "féminin" et ce qui ne l'est pas (parce que tout cela est construction sociale...). Le propos était simplement de constater que des femmes parlent de choses extrêmement diverses, mais que ce que l'on retient d'elles, c'est qu'elles ont des talons hauts par milliers et qu'elles bouffent du Ladurée au kilo (alors qu'objectivement, Gérard Mulot fait de bien meilleurs macarons). J'y parle de "blogs identifiés comme "féminins"" et de "certaines caractéristiques elles-mêmes désignées comme "féminines"" avec pleins de guillemets. Et je remarque la "distance au rôle" qui existe chez certaines auteurs de blog bd qui contraste avec l'absence de distance qu'implique la désignation de "girly" (avec l'infantilisation qu'implique l'expression).

Bref, je n'ai écris nulle part que le fait de dire "bite", ce n'était pas très féminin. Par contre, je peux constater que c'est si peu identifier comme tel que l'on peut faire disparaître cela sous les stigmates que portent les femmes dans le monde de la bd.
Je m'interroge aussi sur mon "évidente bonne volonté". En général, quand on est de bonne volonté, c'est que l'on cherche à se conformer à quelque chose. Je me demande à quoi vous pensez que je veux me conformer. - # Uneheuredepeine >> D'accord, j'ai relu mon commentaire et votre note. Je crois pourtant avoir bien compris votre texte dès la première consultation : vous y souligniez la mauvaise compréhension, par une grande partie des lecteurs, du second degré qui permet à certaines auteures de blogs qualifiés de "girly" de jouer sur plusieurs rôles à la fois, et vous insistiez sur leur volonté de se montrer irréductibles à l'un ou l'autre de ces rôles.

Je n'ai jamais prétendu que vous entendiez définir ce qui est féminin et ce qui ne l'est pas, au contraire : je trouve que malgré les précautions que vous prenez pour ne laisser aucune ambiguïté sur votre discours (notamment pour que l'on ne vous attribue pas la description que vous faites des stéréotypes construits par la société), certains préjugés persistent de manière sous-jacente dans votre article. En d'autres termes, vous usez abondamment de guillemets pour circonscrire les stéréotypes, mais vous ne les questionnez pas, vous n'argumentez pas pour les invalider. L'exemple qui m'avait le plus frappée était ce paragraphe :
"Certes, on y trouvera des histoires de fringues et de mecs, certes Pénélope Bagieu a pu parler de son chat, certes, elles peuvent évoquer des questions tout à fait féminines... Mais pas seulement. Au contraire, l'une comme l'autre peuvent également souligner à certains moment la distance qu'elles entretiennent avec le rôle féminin qui est le leur : Margaux Motin utilise un vocabulaire pas toujours très délicat ("alors, on est pas bien décontracté du gland là ?" ou encore "t'as vu ? j'ai réussi à placer 17 fois le mot bite"). Pénélope Bagieu a aussi souligné son côté grossier, et peut mettre en scène la façon dont elle passe d'un rôle à l'autre."
Alors que partout ailleurs vous preniez soin de ne pas adhérer à la définition caricaturale du féminin que vous écartez, vous cherchez ici à démontrer que Margaux Motin s'écarte des clichés girly en utilisant "un vocabulaire pas toujours très délicat" et Bagieu en faisant valoir son "côté grossier". Cette remarque présuppose que la grossièreté (verbale ou comportementale) n'est pas féminine et ramène à une définition très normée de la femme comme être "délicat". Peut-être vouliez-vous dire que cette grossièreté creusait une distance avec le rôle girly aux yeux d'une société acquise à une définition caricaturale de la femme, et dans ce cas votre prise de distance avec cet argument m'a échappé.
Quant à la "bonne volonté" que je relevais dans votre article, elle rendait plutôt compte de ces efforts de mise à distance qui, à mon sens, auraient pu aller plus loin que les guillemets et questionner plus rigoureusement leur objet. - D'accord, je vois où est le problème. Je pense qu'il a à voir avec la difficulté d'écrire sur ce thème là. Par ce paragraphe, je voulais effectivement marqué la distance qui existe avec le rôle féminin tel que définit par le "girly". Le problème est d'arriver à s'exprimer sur ce qui n'est "qu'un rôle" mais qui existe quand même de façon objective en tant que rôle. Dire que le féminin est une construction sociale n'empêche pas le féminin d'exister, précisément comme construction sociale.


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